Vital Kamerhe et l’hypothétique quête de la Troisième voie (suite)

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Si le ridicule tuait autant que la malaria et d’autres maladies tropicales, combien de politiciens congolais seraient en vie aujourd’hui ?

Le 7 juillet 2015, Vital Kamerhe dans une interview à Jeune Afrique disait ceci au sujet du dialogue national auquel il participe aujourd’hui :  » le président Kabila veut nous tendre un piège parce qu’il sait que les politiciens congolais raffolent des postes ministériels « . Plus loin il ajouta, comme pour ajouter du poids à ses propos et convaincre les indécis:  » personne ne connait le président Kabila mieux que moi « .

Le 25 novembre 2015, sur le même ton il se dit ne pas être prêt à participer à  » un dialogue-piège « .

Mais voici sa déclaration d’il y a deux jours :  » il n y a pas de piège qu’on ne peut déjouer « .

Kamerhe a lui-même fourni à ses ennemis des bâtons pour le frapper avec

Des éléments nouveaux n’étant pas venus s’ajouter, le président de l’UNC serait-il le nouveau champion toutes catégories des grands écarts et reniements ?

Le revirement spectaculaire de Vital Kamerhe au sujet du dialogue national a tout l’air d’un virage à 180 degrés. Cependant Il a beau paraitre  » rentable  » en termes d’espèces sonnantes et trébuchantes, si avantage il y a ses effets seront simplement éphémères. A vrai dire, c’est du pur court terme.

À long terme cependant, sa démarche est contre productive. Pire, vue sur ce plan elle ne fait pas du tort uniquement à sa propre  carrière, mais aussi à son parti  ainsi qu’à la classe politique en général.

Par rapport à sa carrière politique, tel un homme qui fournirait à ses rivaux des bâtons dont ils avaient besoin pour le frapper avec, Kamerhe vient d’offrir à ses nombreux ennemis des arguments pour le  » descendre  » au plancher.

ngbanda

Honoré Ngbanda  s’est sans doute frotté les mains, lui qui ne peut hésiter de tirer profit de la situation.  Et ce dernier de s’exclamer devant ceux qui l’écouteront:  » Je vous l’avais bien dit, Kamerhe est un cheval de Troie de Paul Kamerhe !  » Il  serait difficile aujourd’hui à beaucoup de douter des « révélations  » de l’ancien chef des Hiboux mobutistes. Faisant d’une pierre deux coups, il n’hésitera pas à rappeler les controverses qui lui sont attachées: sa nationalité douteuse, son diplôme de licence obtenu en pleine période de Recours à l’authenticité (1997) mais qui porterait curieusement son prénom, comme s’il était un étranger…

A la manière de tous les membres de l’opposition qui ont abandonnées du jour au lendemain leurs opinions passées pour défendre des vues proches du pouvoir, Vital Kamerhe joue avec le feu en courant le risque se planter.

ngunz et mobutu

Ses positions ambiguës n’échappent pas aux observateurs avisés et ne constituent nullement un fait nouveau dans le paysage politique congolais. Les personnalités suivantes l’ont fait avant lui, et il n’est pas exclu que comme eux, Kamerhe perde à terme la visibilité politique en dehors du Kivu. Marcel Lihau, Frédéric Kibassa-Maliba, Ngunz karli bond, Bernardin Mungul-Diaka, Faustin Birindwa, Justine Kasavubu, etc.

Les mois qui viennent de s’écouler ont amené leur lot des sujets à débats au sein de l’UNC (participation du secrétaire général au conclave du Rassemblement de Genval alors que le président du parti récusait le forum et donc ses membres ; la démission de Bertrand Ewanga lui-même de ses fonctions de SG avant son exclusion en date du 3 décembre).

La manière dont ils ont été  » résolus  » a prouvé à suffisance que le parti dont le slogan était  » Mopepe ya sika  » n’a rien de  » nouveau « . Les vieilles méthodes staliniennes héritées des partis-Etat y ont la vie dure. Mais reconnaissons toutefois que ceci n’est pas l’exclusivité de l’UNC.

Kamerhe fait du tort à la classe politique congolaise en général et à l’opposition en particulier. Une fois de plus un  » opposant  » vient de prouver que la constance n’est pas un terme congolais. Une fois de plus, ce revirement confirme qu’il suffit à un opposant de  » se servir à la source  » (à la mangeoire donc pour revoir ses points de vue de la veille. Une fois de plus il sera difficile de convaincre les populations que ce n’est pas le désir de s’enrichir (et non de développer le pays) qui est le moteur de l’action des opposants. Une fois de plus, le peu de confiance que les masses avaient dans les politiciens vient de prendre un coup.

Quant à son parti, l’UNC, au début beaucoup de ses membres le soutiendront. Mais avec le temps, il risque d’e devenir un parti provincial tant le noyau dur ne sera constitué que des originaires du terroir de V. Kamerhe. Il n’est pas non plus exclu que l’exclusion d’Ewanga et Lubaya fasse des vagues ou que les intéressés ne fassent de la résistance, vu leur statut de membres fondateurs du parti. Ambiance.

Ainsi, pour avoir privilégié le court terme par manque de vision politique, c’est à un effet boomerang que Kamerhe devra s’attendre.

Un opposant à … l’opposition!

 » Pas question de se mêler à une opposition caviar « ,  avait déclaré V. Kamerhe  au moment où se tenait à Genval en Belgique, du 8 au 9 septembre dernier le conclave du  » Rassemblement « , devenu depuis la première coalition de l’opposition congolaise. Et la raison invoquée officiellement par le président de l’UNC?  » C’est plus chic ici qu’à l’Hôtel du fleuve à Kinshasa, alors que nos compatriotes sont en train de mourir à Beni « .

 » Opposition caviar  » est une expression péjorative faisant allusion à une opposition constituée des riches ou des nantis, ou celle qui la coule douce.

S’il reste à prouver si le Rassemblement est une corporation des riches par rapports aux autres politiciens du pays, et Kamerhe comme le nouveau avocat des pauvres de la RDC, quiconque connait le cadre de la rencontre – L’Hôtel du Lac, à Genval – donnerait a priori raison au président de l’UNC. Voici comment le décrit le quotidien français Le Monde : 4947505_6_7114_l-hotel-chateau-du-lac-a-genval-dans-la_2df688978785495ef9d666af830f1576

 

L’endroit jouxte la riche commune de la Hulpe et ses demeures patriciennes. Située à une vingtaine de kilomètres sud-est de Bruxelles, dans le Brabant wallon, le château construit en 1906 par la Société des eaux minérales a longtemps été une station balnéaire prisée par la haute société belge. Avec … ses salons, ses terrasses, son bar et même son baby-foot. … Aux arcades, des joueurs de croquet vêtus de blanc tapaient la balle sur les pelouses impeccables.

Au-delà de la fausse indignation d’un politicien qui ne réside pas dans la commune de Kimbanseke ni celle de Ndjili, mais bien à Binza Ma-Campagne, quartier des plus huppés de Kinshasa, et qui voyagerait régulièrement pour l’Europe non pas dans la classe économique mais en first class, et qui roule en voiture climatisée, la commisération affichée par Vital Kamerhe pour les pauvres de Beni (et d’ailleurs, pourquoi) est un leurre.

Les raisons véritables de son absence étaient ailleurs.

En fait le Rassemblement n’était rien d’autre qu’une union sacrée de ses anciens (et nouveaux)  » ennemis « . A ses relations exécrables avec Etienne Tshisekedi (en fait il constitue l’obstacle numéro un à ses ambitions) s’est ajoutée la frustration d’avoir vu Moïse Katumbi lui bruler la politesse en se déclarant candidat aux présidentielles. Depuis, les deux hommes  sont en froid.

katumbi chez tshisekedi

De même le rapprochement entre Tshisekedi et Katumbi n’est pas de bon augure pour Kamerhe. Il comptait sur la popularité du président de TP Mazembe pour rattraper son retard au-delà du Kivu natal qui ne peut seul le porter à la magistrature suprême. Chapwe avait-il fini par comprendre que  » le ticket Katumbi-Kamerhe  » serait plutôt perdant que gagnant ?

Aller à Genval laisserait penser qu’il fait allégeance à Tshisekedi. Ça, ce n’est pas demain qu’il le ferait. Des lors, pas question d’étaler le tapis rouge le jour de la rentrée politique fracassante d’un rival politique.

Enfin, pour exister politiquement, Vital Kamerhe a comme stratégie de … faire la contestation des positions de l’UDPS.

En 2010, il fit une déclaration controversée :  » Tshisekedi a un contentieux avec le Kivu « . Avant les élections il se retint de rencontrer l’homme de Limete qui tenait a harmoniser les vues pour un candidat unique de l’opposition. Au sortir des élections l’UDPS suspendit ses députés qui siégèrent au Parlement issu des elections frauduleuses, l’UNC laissa faire les siens. Quand l’UDPS était en faveur du dialogue Kamerhe y était opposée. Aujourd’hui leurs positions respectives ont change. Le 27 juillet dernier alors que Tdhisekedi faisait son retour triomphal Kamerhe lui, avait un alibi. Il était aux USA prendre part a la convention du parti Démocrate…

Si c’est cela la Troisième voie, lui qui a déjà du mal à convaincre ses désormais ex-collaborateurs et amis politiques Ewanga et Lubaya, comment le réussira-t-il avec ses nombreux ennemis et rivaux ?

Vital Kamerhe et l’hypothétique quête d’une Troisième voie (1)

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kamerhe v

Qu’auriez-vous fait si, ayant pour ambition ultime d’accéder à la magistrature suprême, vos six petites années passées au sein de l’opposition vous ont usé plutôt que grandi, et qu’après moult manœuvres vous n’arrivez toujours pas à arracher le gros lot car plus grands (ou plus forts) que vous auraient plus de chance de l’emporter dans une compétition normale?

Ajoutons qu’en plus, vous disposez pourtant non seulement d’un CV à faire pâlir d’envie beaucoup de vos pairs, mais aussi un ego surdimensionné qui vous empêche d’accepter de jouer les seconds rôles…

Pour réponse, alors que certains, étant incapables de supporter indéfiniment la frustration qui en découle, choisiraient de tout laisser tomber et de changer de métier, d’autres par contre prendraient leur mal en patience et continueraient de travailler sur le terrain, en attendant que le vent tourne en leur faveur…

Vital Kamerhe aurait-il fait tomber les masques ?

En Afrique, ce ne sont pas les moyens de prendre le pouvoir (ou d’y rester illégalement) qui manquent : coup d’Etat et la fraude électorale (ou  » faux penalty  » en jargon congolais) sont du nombre. Or il n’est pas donné à tout le monde d’organiser (et réussir) un  » faux penalty  » à volonté.

C’est pourquoi, à défaut de le faire soi-même, et pour une fois conscients de leurs limites, il en est qui optent pour collaborer avec ceux qui détiennent l’imperium… tout en étant officiellement dans l’opposition!

Quitte à faire la danse du ventre aux détenteurs de la mangeoire (pardon: pouvoir) et brouiller les pistes en même temps. C’est la formule « ne leur dites pas que je suis au pouvoir, ils me croient au sein de l’opposition ».

Au regard des derniers développements de l’actualité, le président de l’Union pour la Nation Congolaise (UNC) a donc choisi le rapprochement avec le gouvernement.

Pour la forme il a déclaré avoir  » choisi l’apaisement  » sans que l’on sache s’il  » apaise  » le pouvoir en lui servant de crédit ou les millions de congolais  …

Plus rusé que lui, tu meurs!

unc

Déjà les premiers effets collatéraux sont là : son exclusion de la plateforme Dynamique de l’opposition et la démission de Jean-Bertrand Ewanga de ses charges du secrétaire général du parti le 30 août dernier.

L’édifice craque mais s’en émeut-il? Pour un homme ambitieux ou tout disciple de Machiavel, c’est du business as usual:  on ne fait pas d’omelette sans casser les œufs …

Avec un peu plus de 7% lors des présidentielles de 2011, à moins de fantasmer, au vu de la réalité sur le terrain, Kamerhe ne peut sortir vainqueur aux prochaines élections. La popularité d’Etienne Tshisekedi n’est pas une vue de l’esprit. Derrière lui, Moïse Katumbi est un autre obstacle difficile à franchir. Là aussi un autre combat perdu d’avance.

Que faire alors ?

Au regard de la Constitution actuelle, le chef de l’Etat est non partant pour un troisième mandat. L’ancien président de l’Assemblée nationale serait-il le prochain Premier ministre de la Transition et à terme le candidat de la Majorité Présidentielle (MP) aux échéances à venir ?

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L’on sait qu’en Afrique, au nom du curieux principe selon lequel  » l’on ne peut organiser les élections pour les perdre ensuite « , la Majorité au pouvoir, quoiqu’étant une minorité sociologique, aurait la chance de se succéder à elle-même. Par  » faux penalty  » interposé s’entend.

Question : en optant pour le dialogue national dans sa forme actuelle, sans préalables aucun, Vital Kamerhe a-t-il fait tomber les masques et retourné officiellement à la maison? A-t-il tenu à suivre les traces de Nguz Karli bond, l’ancien Premier ministre katangais ?

Dans ce cas, si le pouvoir lui est offert sur un plateau, qu’offrirait-il en retour? Serait-ce de se démettre après un mandat selon la méthode Poutine ou autre chose?

Alors qu’en soi déjà la politique n’a que faire de bons sentiments, dans un pays plombé par une crise morale sans précédent qui perdure depuis les années Mobutu à ce jour sans une voie de sortie possible à l’horizon, la politique en RDC est un sport où les grands écarts, les reniements, l’opportunisme et la roublardise triomphent dangereusement.

La Troisième voie : faire partie de «   l’opposition proche du pouvoir «  ?

En Afrique, face aux pouvoirs qui ont pour règle la pratique de l’arbitraire, d’une manière générale les oppositions ont choisi (avec un succès mitigé) de se tenir loin du pouvoir tout en espérant une alternance.

Mais sur le continent Noir ceux qui gagnent les élections (quels qu’en soient les moyens) gagnent en même temps tout : la mangeoire, les honneurs et le prestige, l’immunité, presque tous les droits (et peu de devoirs), sans parler de nombreux avantages, comme celui d’opprimer les populations, ou d’user et d’abuser des média publics et des lois.

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En même temps, ceux qui perdent les élections perdent en même temps tout : leur dignité (souvent), leur liberté (parfois), leurs droits, comme celui de s’exprimer sur les média publics … devenus propriété des auteurs du  » faux penalty « , et tout avantage, etc.

Aussi, la perspective de faire l’opposition est déplaisante  à 90% … d’opposants  congolais car moins  » rentable  » et donc synonyme du bénévolat! Ainsi comme des balles de ping-pong ils vont et viennent (officiellement ou officieusement) entre le pouvoir et les plateformes d’opposition. Ils sont  » opposants le jour et membres de la Majorité la nuit « , vivant des informations qu’ils apportent à ceux qui les payent à la manière des journalistes pigistes !

A défaut d’être des opposants, ils sont en réalité … en mission au sein de l’opposition, envoyés par le pouvoir afin de l’affaiblir et la noyauter.

Les observateurs impartiaux qui ont suivi la carrière politique en demi-teinte de Vital Kamerhe reconnaitront qu’il avait choisi dès le départ une stratégie étrange: opposé à toute union de l’opposition et plus agressif à l’endroit de ses pairs opposants que face au pouvoir qu’il était pourtant sensé combattre en premier lieu.  kamerhe

Il n y a qu’à lire les titres des journaux et sites d’informations ci-dessous pour voir que ce n’est pas le régime qui a changé mais l’intéressé lui-même qui change des points de vue.

 » Pour que [le président] Kabila change de Constitution, il devra marcher sur mon cadavre  » (site web CongoIndependant.com du 8/5/2014)

«  Vital Kamerhe promet de mobiliser le peuple pour exiger le départ de Kabila «  (Jeune Afrique du 27/1/2016)

«  Joseph Kabila veut nous tendre un piège «  (Jeune Afrique 7/7/2015)

 » Vital Kamerhe change de ligne pour jouer la carte de l’apaisement  » (Jeune Afrique du 17/8/2016)

Serait-ce que celui qui déclarait au site web Afrikarabia le 17/10/2014 que  » nous devons éviter d’être une opposition qui dit  » non  » à tout  » a trouve le moment approprié d’abattre ses cartes en devenant un opposant qui dit  » oui  » à tout?

A SUIVRE

Paul Kapita Shabangi, les confidences d’un homme libre (2)

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paul kapita

L’humilité n’est pas le bien le mieux partagé par les acteurs politiques. Ce n’est pas Donald Trump qui nous contraidira. D’ailleurs aucun d’entre ceux-ci ne le regrette tant elle n’est pas perçue comme une qualité, mais prise plutôt pour une faiblesse. Et dans ce monde-là où l’hypocrisie est une règle, lequel d’entre ceux qui se rêvent en  » sauveurs de la RD  Congo  » voudrait se faire passer pour un faible. Un  » faible  » a-t-il jamais fait rêver les foules? C’est à croire qu’ils ont tous lu Machiavel…

Dans le microcosme politique congolais en particulier, l’élégance est un terme inconnu. A moins qu’il ne soit pris pour ce qu’il n’est pas: barbare! Aussi un micro tendu à un politicien donne souvent prétexte à des règlements de comptes personnels.

Est-ce à dire que Paul Kapita Shabani, l’un des Treize Parlementaires et membre fondateur de l’UDPS, serait l’exception qui confirme la règle ? N’a-t-il pas fréquenté aussi bien Honoré Ngbanda (Apareco et ancien chef des Renseignements de Mobutu) que Justine Kasa-Vubu (ancienne SRNE de l’UDPS)? Fait étonnant, dans un entretien de près d’une heure avec Cheik Fita l’on ne décèle pas d’excès de langage ni des propos à l’emporte-pièce, encore moins des jugements de valeur si courant chez les deux politiciens précités.

Et pourtant ce ne sont pas des raisons qui manquent à cet ancien membre du Directoire du parti de Limete afin  » de renvoyer l’ascenseur  » à ses amis de l’UDPS, particulièrement à l’intention de ceux qui le dénigrent, le prenant pour un  » traitre « .

Quoique membre de famille d’Etienne Tshisekedi, toute démarche effectuée pour contacter même au téléphone celui qu’il appelle  » mon ainé  » fut vaine lors du précédent voyage médical d’Etienne Tshisekedi en Europe, entre 2009 et 2010. Il n’est pas sûr qu’il ait eu plus de chance récemment, à la suite des deux années que le Sphinx vient de passer à Bruxelles pour les mêmes raisons.

Mais aucune amertume ne transparaît chez Kapita Shabangi. Sur un ton grave, il n’hésite pas à reconnaître les mérites de certains, sans cependant oublier de rappeler également leurs erreurs. En homme libre. Tout simplement.

Dans cette deuxieme partie de l’entretien, cet homme de conviction parle d’Etienne Tshisekedi, de Valentin Mubake et … de lui-même.

Etienne Tshisekedi

[Albert ] Kalonji Mulopwe m’avait lancé un jour à Kinshasa  sur l’avenue Masimanimba où nous allions nous amuser comme tout le monde :  » Kapita, je ne pouvais pas imaginer de mon vivant qu’il y ait dans ce pays un homme plus populaire que Patrice-Emery Lumumba que je n’ai pas pu supporter! » kalonji mulopwe

Chaque homme a des points forts et points faibles. Le point faible de mon frère Etienne Tshisekedi est d’avoir dit Non à Mobutu lorsqu’il avait dit:  » Le MPR fait-privé et l’UDPS. Le troisième parti est à créer.  » . De but en blanc il [Tshisekedi.ndlr] va réagir :  » Non Mobutu n’a pas le droit de limiter le pluralisme [politique] à trois partis. Il doit laisser la liberté aux concitoyens de former leurs partis politiques « !

Je suis allé le voir et lui ai dit :  » tu viens de commettre une erreur qui nous coûtera cher. Mobutu va fabriquer des centaines de partis politiques « .

Pourquoi une erreur ? Moi je comprenais les choses dans ce sens : venant d’une dictature la plus féroce – Marcel Lihau disait la dictature la plus perfectionnee du monde – était-il possible de passer dans la liberté sans transition ? Non! il faut être au ciel pour ça !Il avait fallu une transition. Il y avait le MPR, l’UDPS et un troisième parti à créer. Nous savons que ce troisième serait le MPR, mais nous nous avions le vent en poupe. Et moi parti du corps armée, j’étais beaucoup aimé par les militaires… beaucoup … beaucoup … compte tenu de ce que je leur rendu comme service. Sur le plan social j’ai aidé beaucoup les militaires comme ça ( faisant un signe de sa main indiquant l’argent). Nous allions avoir l’armée avec nous ! Il aurait fallu de six a sept mois et l’UDPS serait revigore en termes matériel et financier, et on démarrait !

On n’aurait pas connu ce que nous connaissons aujourd’hui comme drame…

Je souligne ceci à l’intention de l’opinion nationale puisqu’ aujourd’hui je sais qui entoure le président Tshisekedi : c’est 95% des courtisans ! Quelqu’un qui a atteint ce niveau-là est sensé avoir à ses côtés ceux qui savent lui dire respectueusement Non ! et lui remettre sur le bon chemin. Mais aujourd’hui 95% de son entourage sont des béni-oui-oui. Ça ne va pas ! Dans ce cas on le pousse vers la chute!

 Je sais qui entoure le président Tshisekedi aujourd’hui: à 95% ce sont des courtisans ! 

Un chef n’est pas dieu. Il faut savoir lui dire Non là où il le faut. Mais aujourd’hui … (secouant la tête négativement)… C’est pourquoi j’ai salué de deux mains le retour de [Valentin] Mubake. Et je lui souhaite plus de lucidité et longue vie!

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Cette intervention-là, du tic au tac, c’est elle qui nous coûte cher… C’est une erreur… la seule erreur que je lui reconnais. Mais sinon c’est quelqu’un qui mérite respect jusqu’à la fin de sa vie si Dieu le rappelait avant nous.

Valentin Mubake

Les dimensions d’un parti, ce n’est rien. L’important pour un parti c’est d’avoir des cadres compétents capables de le revigorer. C’est pourquoi je me réjouis du retour de Valentin Mubake. Cela m’a fait énormément plaisir puisque Mubake sait ce qu’il dit et Mubake comprend ce qu’il fait. Mubake c’est un fonceur. Il a l’âme de l’UDPS. Je pense que maintenant les choses vont se revigorer comme du temps où nous avions tenu le gouvernail en mains.

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Paul Kapita par lui-même

Ceux qui me connaissent savent quelle est ma franchise. C’est cette franchise qui fait que je vis comme ça : je ne suis pas indigent, mais je ne suis pas riche non plus. Dieu m’a béni au nom de la vérité !

Je le [Etienne Tshisekedi ]connais mieux que quiconque. Il sait que je le respecterai toujours, et que jamais je ne l’ai trahi.

Aujourd’hui les gens parlent, mais je suis indiqué en tant que chrétien pratiquant et homme politique que je puis prétendre que personne – peut-être à part Ya Marthe, son épouse – n’a pris de risque autant que Kapita Shabangi pour préserver l’honneur et le respect de monsieur Etienne Tshisekedi.