Badefisaka Congolais ya Sud’Af mbongo te !*

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Le parc Alec Gorchel est situé à deux pas du Hillbrow Tower, à Hillbrow, l’une des municipalités de Johannesburg. En ce début d’après-midi d’avril il ne désemplit pas. Mais l’on aurait tort d’imputer cette affluence simplement au fait que le site est l’un des plus beaux de la ville, ou à la météo du jour si agréable ou encore au fait qu’aujourd’hui c’est le Good Friday [“Vendredi Saint  » pour les catholiques], déclarée journée fériée ici.

À vrai dire, il n’est pas rare que tous les autres parcs d’Afrique du Sud soient pris d’assaut par les habitants à l’un ou l’autre moment de la journée, pour peu que le lieu soit jugé à l’abri d’un crime potentiel.

Ici très peu résistent à l’envie de venir humer l’air frais du dehors plutôt que de rester cloitrés dans leur appartement ou chambre, les yeux rivés sur la télé. Aussi les parents y amènent-ils fréquemment leurs familles, histoire de leur offrir quelques moments de délassement.  Ces lieux récréatifs sont aussi un cadre des rendez-vous d’affaires ou amoureux. Des fois les parcs sont des « terrains neutres  » d’où se règlent des litiges entre individus éloignés qui rechignent à recevoir des visiteurs  » indésirables  » ou « trop curieux » à domicile…

L’homme dans la trentaine assis à moins de cinq mètres de moi sur l’un des bancs en bois scié est certainement un  » moto ya Mangala « , un congolais, comme les compatriotes s’identifient eux-mêmes localement. D’ailleurs pas besoin d’un dessin pour le savoir : il parle le lingala haut et à grand renfort de gestes alors que son interlocutrice est à peine quelques centimètres, assis à ses cotés! Même chose lorsqu’il répond au téléphone : il semble ne pas connaitre ce qu’est la discrétion, au point que le volume élevé de sa voix lui attire des regards d’étonnement de quelques-uns de ses voisins. Mais de cela, apparemment il n’en a pas cure. Sa tête est couverte d’un munyere noir [képi écossais] d’où se dégage un visage qui trahit l’usage régulier des savons éclaircissants. Au bout de ses jambes superposées émergent des chaussures noires étincellantes.

Mais au-delà de tout ce tralala, ce qui frappait chez lui à première vue c’était sa taille. Il était très court, probablement entre 1m40 et 1m 50.

Mon voisin est au centre de l’intérêt de bien de compatriotes de passage au parc. C’est d’ailleurs un euphémisme. Il est la plaque tournante. Beaucoup le reconnaissent et se dirigent aussitôt vers lui, le saluent, causent pendant quelques instants avant d’occuper un siège proche de lui, voire plus loin. Il y en avait qui poursuivaient leur chemin, sortant du parc. Entre son téléphone et ses interlocuteurs il était difficile de trancher quant à savoir ce qui l’emportait tant il semblait partagé entre les deux.

J’en venais au point de me demander pourquoi il n’avait pas simplement ouvert un bureau pour traiter des pareils cas.

Sans toutefois bouger de mon banc, après avoir observé ce manège pendant plusieurs minutes, je décidais à mon tour de lui adresser quelques mots. De le taquiner presque.

Le fixant dans les yeux, je lui lançais:

–  » Namoni k’oyebani mingi, hein ? [En lingala : « Je constate que vous êtes très connu, n’est-ce pas ? »], lui dis-je.

Arrêtant du coup de tripoter sur son téléphone, le jeune homme se retourna vers moi, comme s’il était surpris que je l’apostrophe en lingala et que j’étais l’un de ses compatriotes.  Il me toisait pendant quelques secondes qui me parurent longues, puis il me tendit la main et dit :

– » Tala kaka! Okosala boni soki ba petits ya Fan club nayo baz’oya kondima appel! [En lingala :  » Que faire si les membres de votre fan club viennent se présenter ainsi ? »], répondit-il.

Je m’attendais à tout sauf à cela. Ses « visiteurs » viendraient donc lui faire allégeance…

Dans le parler kinois, ces mots recèlent souvent une pointe d’ironie ou d’humour mais ne connaissant pas mon interlocuteur, je ne pouvais rien affirmer ni infirmer.

Il l’avait dit sur un ton sérieux, sans un sourire.  Je me rappelais que certains des congolais venus tout à l’heure n’étaient pas aussi  » petits  » que ça : Aucune de ces femmes n’était moins âgée que lui. Au contraire elles semblaient plus âgées de dix ans voire plus…

Alors faudrait-il imputer ces propos à la pauvreté du lingala, langue connue pour manquer des formules de politesse, ou était-ce simplement un choix délibéré de mon interlocuteur ?

A moins que ce ne fusse plutôt un complexe dû à sa propre (petite) taille tant tous les autres paraissaient plus grands que lui de plusieurs centimètres …

Après les présentations d’usage, j’appris qu’il s’appelait  » Golgotha « , et qu’il était  » dans les affaires  » à Johannesburg et Durban. « Golgotha » devrait sans doute être un sobriquet, mais voulant profiter au maximum de mon repos  je me refusais d’en savoir plus sur lui ni non plus sur ses « affaires ».

C’est plutôt lui qui me dit, presqu’en confidence :

 » Voyez-vous ce petit-là ? Il m’avait indiqué du menton un jeune homme mince et à la peau claire dans la vingtaine debout à un jet de pierre de nous. Debout et le dos tourné vers nous il parlait à une dame d’un certain âge assise et qui tricotait.

Quand il fut sûr que j’avais identifié celui dont il parlait, il poursuivit :

 » Nous nous attendions qu’il termine ses études d’Informatique cette année à l’UNISA de Pretoria. Mais malheureusement son examen de fin de cycle est annulé pour tricherie. … Il se croyait chez-nous et avait copié un texte d’un livre et l’a inséré dans le corps de son sujet sans en signaler les références. Mais un professeur l’a découvert et tout est à refaire. Il est venu me le dire tout à l’heure … Je l’ai encouragé et promis de l’aider.  »

Sur le coup, étant inconnu de moi, je ne voyais pas pourquoi il me relatait les désagréments du jeune homme.

En fait de  » tricherie « , le jeune homme était auteur du plagiat, maladie très courante en milieux académiques. Cependant il arrive quelquefois qu’un professeur qui est soudain impressionné par un étudiant qui d’habitude est d’un niveau moyen « copie et colle » une phrase tirée de son texte sur Google pour se rendre vite compte que ce n’était que supercherie…

Pour quelques phrases piquées chez un auteur dont il avait « oublié » de citer les références bibliographiques, notre jeune étudiant va devoir reprendre l’année. Ce qui signifie (re)mettre la main à la poche afin de payer les études à l’UNISA qui s’élèvent en moyenne entre R1.200  et R22.000 …

 » Quel genre d’aide comptez-vous lui fournir ?  » demandais-je.

 » Vous me voyez peut-être au téléphone depuis quelques minutes. J’effectue des démarches auprès des ONG locales afin de lui trouver un sponsor. C’est un garçon intelligent qui est en même temps orphelin de père… »

 » C’est pourquoi fort de mon expérience tirée des quinze années passées ici, j’aide les « newcomers » d’éviter les pièges d’Afrique du Sud… Croyez-moi, il n y a rien qui soit un secret pour moi ici! Je peux affirmer que je connais ce pays comme ma poche. »

J’ignorais donc qu’à travers les dehors de frimeur notre homme était bien un mécène, une sorte de « bon samaritain » dans la communauté. Au vu de l’intérêt que mon voisin prétendait accorder à certains compatriotes en difficultés, j’éprouvais du coup de la sympathie pour lui.

Depuis quelque temps cependant, vers la fin de ma conversation avec « Golgotha », j’ai une étrange impression : c’est comme si les yeux de la plupart d’enfants et de certains sont dirigés … dans ma direction, ce qui n’est pas sans me gêner. Je me pose des questions : suis-je mal habillé ? Serait-ce plutôt puisque je suis étranger ? Alors pourquoi moi dans cette marée d’étrangers qui inondent ce parc : Nigérians, Tanzaniens, Zimbabwéens, Mozambicains, Erythréens, Ethiopiens, Congolais, etc. ?

D’ailleurs je crois reconnaitre aussi certains émigrés africains qui lorgnent vers moi, ce qui accroit mon malaise. Alors de quoi s’agit-il ?

Je tournais et retournais la question dans ma tête pendant quelques secondes et minutes en vain. Embarrassé, je ne savais s’il me fallait quitter les lieux ou ne pas me déplacer…

Mais je n’eus plus à attendre longtemps pour le savoir. Il a fallu que je regarde à ma droite, sur le banc voisin et à portée de ma main pour obtenir la réponse à mes interrogations.

L’objet des regards était un « couple  » … de deux jeunes hommes qui s’embrassaient près de moi! C’étaient des homosexuels.

Au regard de la Constitution sud-africaine, personne ne devrait brimer la liberté d’opinion ni d’expression des autres citoyens au risque d’être poursuivi. Ici les gays sont libres de s’exposer et personne n’a le droit de les critiquer.

Pour un émigré la règle numéro un consiste à respecter les lois du pays hôte et de ne pas se mêler dans des controverses locales. Aussi la seule façon … démocratique qui me reste de manifester ma désapprobation – c’est un euphémisme – est de m’éloigner furtivement.

Ce n’était ni un banc vide ni non plus l’espace qui manquaient dans le parc. N’étant pas venu particulièrement admirer un spectacle mais prendre de l’air, je  me mis plus loin de là, au bord du terrain de football synthétique vert et me plongeais dans la lecture d’un quotidien local.

Une demi-heure plus tard, je fus tiré de ma concentration par des propos bien particuliers pour tout émigré africain en Afrique du Sud.

 » Ces makwere-kwere, ce sont des fous ! » Deux femmes quinquagénaires et grasses comme seules le sont les sud-africaines, revenaient du lieu d’où je voyais encore surgir l’homme au-dessus des badauds qui l’entouraient et riaient aux éclats.

Je sursautais.   » Makwere-kwere  » est le terme de mépris utilisé par les sud-africains – les Noirs surtout – pour désigner les émigrés africains, moi-même compris. Aux yeux des Blacks locaux, je suis un Makwere-kwere. Ce qui touche de près ou de loin aux émigrés africains me concerne au premier point.

En levant les yeux dans la même direction, un attroupement s’était constitué autour de Golgotha. Avec une certaine appréhension, je me dirigeais vers lui à grands pas.

Plus je m’approchais, de par ses gestes en tout cas, rien d’anormal qui justifiait tant de curiosité. J’étais sur le point de faire demi-tour lorsqu’un détail attira mon attention: Golgotha parlait au téléphone, très haut comme à son habitude, et bien sûr en Lingala. De toute évidence il était cette fois irrité.

Je me tenais à près de deux mètres. Ma haute taille me permettait de l’apercevoir ou plutôt son munyere et de l’entendre vociférer.

 » Tala ! … Nalobi hein, kosakana na ngai te… Nazalaki zoba ndenge nasalisaki yo ? Yebisa nga nainu : nazalaki zoba mpo nadefisakiyo $250, hein ? … Nini ? Soki ezali mbongo muke, zongisa yango kasi! Na sima ya six mois okoki kaka kofuta te. ezali moke ?  »

C’était un spectacle incompréhensible pour les sud-africains à cause de la barrière linguistique. Mais pour moi, ce charabia n’était pas inconnu. D’ailleurs les congolais de la diaspora ne s’identifient-ils pas par l’expression  » Bato ya Mangala ? »*

A côté de lui se tenait une jeune femme portant de son bras gauche une fillette de plus ou moins deux ans. La femme avait l’air triste.

Au moment où je voudrais lui poser une question, celle-ci me précéda :

 » Alobi nini ?  » demandait-elle.

« Likambo te. Lelo abimi yankee… Azoloba ‘ tumua $250 nde mbongo ozogangela na phone ?’ … na sima tango nazopresser ye alobi ‘kutu okokende nanga wapi, toza na etranger !’

La femme était atterrée. Même si les expressions de visage de l’homme étaient cachées par son képi écossais, ses deux mains posées aux hanches étaient explicites.

« Sikoyo tokofuta ndako ya bato ndenge nini ? »

Pour réponse, c’est une dame d’un certain âge qui vint à la rescousse. S’adressant à Golgotha, elle dit ce que tout le monde savait sauf celui qui « connaissait le pays comme sa propre poche »:

« Yo papa oyebaka te été badefisaka congolais ya Sud’Af mbongo te ? Azongisaka jamais ! »

Une drôle d’affaire qui n’a pu se régler dans le parc.  » Zairoiseries  » ou non, c’est une loi non écrite au sein de la communauté congolaise locale, preuve de la dégradation des valeurs chez le congolais.

*En lingala : « On ne prête jamais de l’argent aux congolais d’Afrique du Sud !« 

 » Astuces Naturelles « , la chaine YouTube connue … d’une internaute inconnue !

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Toutes proportions gardées, c’est une histoire aux allures d’une success story située pas plus loin qu’aux bords du fleuve Congo. C’est l’histoire d’une jeune femme mi-Robin des bois, mi-rationnelle qui semble avoir accroché ses rêves aux étoiles. C’est l’histoire d’une africaine ordinaire qui, à force de détermination, d’efforts et de foi, est en train de soulever des montagnes. C’est l’histoire d’une chaine Youtube vieille … de seulement quatre mois mais dont le nombre d’abonnés grimpe, grimpe, grimpe : plus de quatre millions de visiteurs à ce jour! Ceci est l’histoire d’ »Astuces Naturelles ».

A cause d’elle, certains devront bientôt mettre la clé sous le paillasson et pointer au chômage. Ce qu’ils vendaient au prix d’or est offert aujourd’hui … gratos par Astuces naturelles ! Grace à elle d’autres eux, se frottent les mains, reconnaissants. Pour ces derniers en tout cas, c’est une aubaine : ce qu’ils obtenaient difficilement sur les étalages poussiéreux des marchés locaux après moult démarches et recherches, ils l’ont maintenant à partir de leur téléphone, leur tablette ou leur laptop ou tout en cliquant simplement sur la chaine Youtube « Astuces Naturelles« .

Une fois branché sur la chaine, on a l’embarras du choix. Des maux des dos aux problèmes de virilité masculine, en passant  par les difficultés de fécondité ou des règles douloureuses,  d’une voix calme et assurée, la présentatrice fait dans la sobriété. A  travers des vidéos courtes et simples qui s’enchainent sans désemparer semaine après semaine, elle a fini par convaincre beaucoup au point de nombreux visiteurs qui étaient juste de passage sur le site ont fini par jeter l’ancre et s’y abonner, séduits.  Aujourd’hui, « Astuces Naturelles » est devenu peu à peu l’une des références.

L’on s’attendait à ce que la jeune femme soit grisée par le succès. Fait étonnant, elle joue à l’antihéros. D’ailleurs beaucoup de contradiction la caractérisent au point que les apparences sont trompeuses. Autant elle parle d’une voix calme, rassurante, autant elle reste ferme comme un roc sur toute question relative à son identité. Vous auriez tort de penser que tous ceux qui fréquentent les réseaux sociaux y viennent s’exposer. Si elle a quelque chose à étaler, il s’agit de sa chaine Youtube et non d’elle-même. Ça, c’est non négociable !

Aussi, comme pour conjuguer à la première personne le dicton pour vivre heureux vivons cachées, à défaut de porter un masque, son identité reste secrète pour les internautes. De son nom elle ne révélera qu’une bribe :  » Je m’appelle Coco « , dit-elle, presque à la sauvette. Quant à son âge, elle ne lâchera rien. De même pour le cursus académique. A ce sujet elle a opté pour le principe :  » jugez-moi de par mes œuvres et non pas de par le nombre de mes diplômes ! »

Qu’importe,  » Coco-la-discrète s’est longuement entretenu avec « TamTamBlog  » qui vous livre son interview ci-dessous. Et comme d’habitude il n’est pas de sujet tabou qui n’ait été examiné.

Les abonnés de votre chaine You Tube – ils sont 27.000 au 30 juin 2017 – ne connaissent de vous que votre voix et vos vidéos. Et tout ce qu’ils voient de vous ce sont vos mains et vos bras… Voyez-vous, cela est peu. Pouvez-vous vous présenter aux lecteurs de « TamTamBlog » ?

Je m’appelle Coco. Je suis congolaise. Quant à mon  âge,  je ne dirais rien… C’est vrai que je ne suis pas très grande de taille. J’habite à Brazzaville où  je suis née, précisément à l’hôpital général de Talangai. C’est ici que 80% de ma famille directe vit, tandis que les autres, ils vivent à Pointe-Noire, la ville économique du Congo, ou en France. Il s’agit de la grande sœur de ma mère et ses enfants,  le petit frère de mon père et sa famille,  ma petite sœur, mes tantes et oncles paternels. Voilà tout ce que je peux dire pour le moment…

Vous êtes donc une présentatrice inconnue d’une chaine You tube de plus en plus connue ! Pourquoi avez-vous tenu à rester anonyme et à ne rien dévoiler : ni votre face ni non plus votre nom ? Serait-ce par superstition ? Craindriez-vous quelque chose ? Ou tenez-vous à préserver votre vie privée à tout prix?

 Il faut avouer  que beaucoup de gens me posent cette question … En tout cas, je préfère garder l’anonymat parce que je ne suis pas encore prête à me faire voir… Mes proches le veulent aussi d’ailleurs. Je finirai  sans doute par me dévoiler dans le futur, probablement dans deux ou trois ans … 

 Votre apparente pudeur s’explique-t-elle par le fait que certains de sujets que vous traitez dans vos vidéos  sont  franchement assez osés?

 Je n’ai pas honte de ce que je fais ni non plus de ce que  je dis car même mes parents sont au courant de l’existence de cette chaîne.  D’ailleurs je leur envoie des vidéos de temps en temps. Le sexe est un sujet tabou en Afrique et peu sont des personnes ayant bénéficié d’une éducation sexuelle, et d’avoir l’opportunité d’avoir une personne pour le leur expliquer ou leur parler ouvertement du sexe. L’absence de cette éducation est l’une des causes majeures des grossesses non désirée, et bien d’autres conséquences fâcheuses observées aujourd’hui.

Comment vous est venue l’idée d’avoir une chaine YouTube  et d’être « youtubeuse »? Y aurait-il dans votre entourage des proches qui s’y sont lancés eux aussi, vous indiquant le chemin à suivre?

Non. Dans mon entourage personne d’autre n’est  sur YouTube. D’autre part je n’aime particulièrement que l’on m’applique le terme « youtubeuse ». Franchement je pense que ce mot convient à ceux ou celles qui font des vidéos pour se faire de l’argent ou pour se faire connaître, ce qui n’est pas mon cas  car si c’était pour la célébrité j’allais montrer ma face tout simplement. 

Dans les rues de Brazzaville ou de Kinshasa, il n’est pas rare de rencontrer des pancartes de pubs installées par les médecins traditionnelles vantant leur capacité de guérir des dizaines de maladies. Je ne dis pas que vous êtes pareille mais à certains égards, je dirais oui. Pourquoi alors avoir choisi de proposer des  » astuces  » gratuites pour traiter de certaines maladies plutôt que d’ouvrir un cabinet d’où vos services seraient payants ?

 J’aime aider les gens. Croyez-moi : je ne fais pas ça pour l’argent mais plutôt en vue d’aider la race humaine en général. Je suis présentement en train d’écrire un livre qui n’a rien avoir avec la santé mais après je consacrerai un autre sur mes astuces-là où je vais ajouter beaucoup de choses que je n’ai jamais publiées et que je ne publierai pas sur You Tube.

D’où tenez-vous ce goût d’altruisme, cette forme d’humanitarisme qui vous caractérise?

 Depuis que j’étais toute petite je rêvais déjà d’avoir un orphelinat mais jusqu’ici comme je n’ai pas encore les moyens j’ai préféré commencer par ce qui me semble facile : une chaine You Tube. J’aime les gens, j’aime aider. Moi-même j’évolue dans le secteur de la santé et je connais la valeur d’un humain.

Parlez-nous de la toute première vidéo des Astuces Naturelles, comment vous l’aviez conçu, édité, présenté ? Quelles étaient vos appréhensions et vos craintes avant d’en arriver à appuyer sur la touche  » Publier  » de votre ordinateur ou tablette ? Quel accueil a-t-elle eue ?

C’est un souvenir inoubliable.  C’était le 2 février  2017. Le tournage de la toute première vidéo eut lieu chez moi dans la cuisine. Il fut effectué par ma meilleure amie. Je m’en souviens comme si c’était hier. Vous savez : dès qu’elle a coupé le filmage, mon partenaire qui se trouvait en dehors a ouvert la porte, je lui ai dit ce qui venait de se passer. Il a juste rigolé et ensuite a amené la vidéo dans la chambre pour la publier. Avec mon amie qui passait alors ses vacances chez-moi nous avons passé toute la soirée ensemble à suivre la télé jusqu’à 3h :00 du matin. Lorsque, fatiguée, elle est allée dans sa chambre et que j’ai rejoint mon partenaire, surprise : contrairement à ce que je pensais, la vidéo n’était pas encore publiée ! Et pour raison : il tenait à ce que je la publie moi-même ! Il m’a alors demandé d’appuyer sur la touche  » Publier « , chose que j’ai faite avec beaucoup d’émotion comme vous pouvez l’imaginer.

Expliquez-nous comment vous faites une vidéo du début jusqu’à la mise en ligne. Combien de temps cela vous prend-il ?

C’est un véritable parcours de combattant de faire une vidéo parce que quand il y a  erreur il faudra tout recommencer et c’est éprouvant. Cela peut me prendre 2 à 3 h pour faire les vidéos car j’en fais plusieurs au même moment, genre 10 vidéos minimum. En général je préfère faire les vidéos les soirs étant donné que dans la journée je suis occupée ailleurs. Je fais le montage seule, ensuite je la télécharge et la stocke sur YouTube sans toutefois la mettre en ligne. Enfin c’est mon frère ou bien moi-même qui la publions. Il arrive souvent qu’après avoir visionne l’une de ces vidéos, si mon frère la trouve trop  » osée  » à ses yeux, il refuse de la publier et la supprime carrément.

En termes d’équipement, de quel matériel disposez-vous ? Habituellement,  qui filme vos vidéos ?

Mon téléphone et une caméra. Pour le reste une amie me filme quand elle est en visite chez-moi,  sinon le tournage est effectué par mon partenaire.

Quel est votre secret ? A quoi attribuez-vous votre fulgurant succès constaté avec l’augmentation exponentielle de vos abonnés ? En l’occurrence depuis le 01/2/2017 jusqu’au 30 juin – soit en seulement quatre mois – plus de 4 millions de vues total et plus de 28.000 abonnés ?

 Cela me prouve simplement que je fais du bon boulot et que je suis utile dans la société, chose à laquelle je me suis toujours employé. Après tout c’est la joie que j’éprouve.

Comment votre famille a-t-elle réagi à votre entrée sur YouTube ?

 Un soir avant de me coucher, aux environs de 22h :00, j’ai informé mon partenaire [Je l’appelle  » papa »] :  » Papa, j’ai envie de faire une chaîne YouTube » Voici ce qu’il me dit : « Princesse, ce n’est pas un problème. Tu n’as Qu’une seule amie et tu ne sors jamais, cela te permettra de te défouler un peu. » Mon frère était aussi d’accord,  Mon père et ma mère l’on sut que quand la chaîne avait déjà été créée. Ma sœur elle, y était opposée. Je reçus plutôt des encouragements de son homme qui me dira : “ n’écoute pas ta sœur. Fais ce qui te semble bon. »

Vous souvenez-vous encore de l’augmentation progressive des chiffres d’abonnés de votre chaine au cours des mois ? Vous y attendez-vous ou êtes-vous plutôt surprise?

Je ne suis pas surprise et je sais qu’il y en aura encore plus en décembre prochain. J’avais reçu une prophétie que je vais faire un truc sur internet et cela marchera à 100%. Comme je crois aux promesses de mon Dieu donc je peux seulement dire que  » Yesu azosala kaka ndenge toyokanaki ». Les premiers à s’abonner sur ma chaîne furent mon amie,  mon homme qui est aussi abonné, mon frère,  ma sœur et son conjoint,  mes beaux-frères du côté de mon chéri. Je ne me souviens pas très exactement mais je crois savoir que le premier mois je n’avais qu’un maximum de 100 abonnés.

D’habitude vous faites des vidéos éditées et donc préparées à l’ avance. Depuis quelque temps cependant, vous semblez pencher pour le live et le vlogging, les vidéos dans lesquelles vous vous adressez à votre public. Qu’est-ce qui explique ce changement ?

 

 J’ai essayé de changer un peu parce que je reçois énormément des messages dans mon email et je me rends compte que beaucoup de gens ignorent vraiment beaucoup sur le sexe ou sur le corps humain tout court. Voilà pourquoi je publie les vidéos live dans lesquelles j’apporte autant que je peux davantage  sur les thèmes déjà en ligne.

 Quel avenir accordez-vous à votre chaine  Astuces Naturelles? Comment la voyez-vous dans deux ou trois ans ?

 J’espère que dans deux ou trois ans Astuces Naturelles sera encore plus que maintenant… J’ai beaucoup de projets que je préfère garder encore pour moi. J’ai déjà dévoilé le projet du livre en chantier et de faire un médicament à base des plantes pour soigner l’éjaculation précoce et d’autres maladies. Mais il me faudra beaucoup d’argent. Alors j’essaie encore d’épargner pour ça. Puisque je ne peux pas utiliser tous nos moyens dans ce but je dois bosser dur d’abord.  Je compte aussi voyager au nom d’Astuces Naturelles. J’avais le projet d’aller en Russie en juillet pour les cours mais malheureusement j’e n’ai pas eu des vacances. En attendant j’ai parlé à mon frère qui s’y trouve de me chercher les livres de médecine traditionnelle en anglais et de me les faire parvenir. Cependant, dès que je le pourrais je voyagerai dans plusieurs pays pour Astuces Naturelles afin de rencontrer face à face tous ceux qui me suivent surtout au Sénégal. Je tiens à y aller mais je ne sais pas encore quand cela sera possible. Peut-être dans trois ans…

Nous vivons dans une société matérialiste dans laquelle parfois, pour pouvoir convaincre et être pris au sérieux, l’on doit présenter son CV, son cursus scolaire ou académique, ses diplômes, ses expériences accumulées, etc. Que diriez-vous à ceux qui douteraient de votre maitrise des sujets que vous présentez dans vos vidéos ?

 Je n’oblige personne à me croire et  je n’ai pas de  preuve à donner à qui que ce soit. Mais je peux vous assurer que je suis une personne éduquée,  j’ai des parents instruits, donc ils ne pouvaient pas me laisser analphabète.

Comment vous définiriez-vous : une éducatrice ? Une humanitariste ? Une passionnée ? Une personne de bonne volonté ?

Comme une personne qui veut le bien,  qui recherche avant tout l’intérêt des autres avant ses propres intérêts et qui le fait avec son cœur.

Que vous a apporté YouTube à ce jour : la célébrité ? Les amis ? L’argent ? Des problèmes ?

 Certes YouTube a fait connaitre ma chaine, Astuces Naturelles, mais il m’a apporté  aussi les amis comme vous Emmanuel. Des problèmes quelquefois. La célébrité ? Non ! Moi-même je ne suis pas célèbre. L’argent ? Non plus parque je fais tout à mes frais.

Venons-en aux questions qui fâchent. A deux ou trois reprises, on vous a vu prendre à parti les auteurs des commentaires  » irrespectueux  » à votre égard. Récemment, vous aviez même menacé de  » quitter YouTube et supprimer votre chaine « . Seriez-vous parfois intolérante ? En allant sur les réseaux sociaux n’étiez-vous pas préparée à ce genre d’attitudes de la part de certains internautes ?

Ceux qui me connaissent comme mes proches me disent très gentille. Cependant je reconnais que lorsqu’il m’arrive d’être en colère, il n’est pas si facile de me calmer. Non, je ne m’attendais pas aux insultes sur Youtube car moi-même je n’insulte personne. Je peux tolérer que l’on s’en prenne à moi puisque c’est moi qui fais les vidéos. Mais que l’on attaque ma famille, ca, non ! Je ne l’accepte pas !

Quel conseil donneriez-vous à quiconque aimerait se lancer sur YouTube ?

Je ne pense pas que je suis mieux placer pour donner les conseils à qui que ce soit. Tout dépend aussi des thèmes des chaînes… En bref je crois qu’il faut avoir l’amour de ce que l’on fait avant de penser au bénéfice que l’on en tirerait.

Quel message adressez-vous aux lecteurs de  » TamTamBlog « ?

D’abord mes salutations aux lecteurs de  » TamTamBlog « . Ensuite je demande à chaque personne de bien prendre soin de sa santé ainsi que la santé de ses proches.

Les rêves brisés d’un émigré congolais de Cape Town

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Son diplôme de licence en économie en poche, il fit ses valises et partit de Kinshasa pour l’Afrique du Sud voici quelques années afin de  » se débrouiller « . Depuis trois ans cependant,  Georges Nyati∗  se retrouve agent d’une entreprise de gardiennage, – c’est-à-dire Securico – la galère avec …

Milnerton est un faubourg de la ville de Capetown, en Afrique du Sud. Situé au bord de l’Atlantique, il est très apprécié pour sa lagune, son Beach avec vue sur la célèbre chaine de montagnes  » Table Mountains « , ou encore sa réserve naturelle. Tous ces sites dans un paysage de carte postale attirent chaque année de nombreux touristes.

Habité en majorité par les Blancs et des Coloureds [les métis], il faut se diriger au Nord, vers TableView donc pour trouver à mi-chemin deux townships Noirs : Jo Slovo et Dunoon. Des hôtels, des chaines de magasins, des restaurants, des stations d’essence et des flats s’étalent au bord de la voie qui va de Maitland vers TableView dans une beauté dont seul Cape Town est capable.

C’est sur un site de 1000m2 situé à Milnerton, que la société de surveillance  » Byers Security & Associate  » a affecté Georges Nyati, 35 ans, pour un salaire mensuel de 4000 Rands net, soit environ USD 300.

Comparés l’un et l’autre, le quartier Ozone dans la commune de Ngaliema, à Kinshasa d’où il est venu trois ans plus tôt et Milnerton, c’est comme le jour et la nuit. Mais de la beauté de Milnerton, Georges n’en a cure. A vrai dire, il ne la remarque même pas.

Quand on lui demande pourquoi, il répond sans hésitation:  » Le lieu où vous êtes né, c’est comme les êtres que vous aimez : par exemple vos parents ou vos enfants. Vous les aimez non pas à cause de leur aspect physique, mais à cause de ce qu’ils représentent pour vous, et ils n’ont pas de prix à vos yeux. Pour rien au monde, vous ne les échangerez contre autre chose !  »

Son sac-à-dos posé contre la pompe d’essence de la station Caltex, il attend le bus qui le conduira à Maitland.

Ce matin, sa seule préoccupation est d’arriver à temps à Koeberg (Maitland). C’est là-bas qu’il réside. Il tient à voir ses filles Patricia, Ritchie et Nathalie (15, 13 et 10 ans) avant qu’elles ne se rendent à l’école située à Belleville. C’est à une distance d’environ une demi-heure en train. Pour cela, elles sortent à l’aube, avant même l’arrivée de leur père vers 6h30.

Mais voilà quatre jours qu’il ne les a pas vues.  » Les voir sourire et les entendre jouer et gambader sur la pelouse me suffit pour retrouver la joie de vivre et évacuer le stress qui me colle aux tripes à chaque instant depuis que je vis dans ce pays « , dit-il.

Parties tôt, c’est en milieu d’après-midi qu’elles retournent. A ce moment-là, leur géniteur, lui, est au lit. Lorsqu’enfin il se réveille vers 16h30, tout se passe alors très vite : il prend sa douche et le voilà pressé de repartir à Milnerton… Peu de temps lui reste pour que ses filles lui racontent leur journée tumultueuse à l’école, et cette peur quotidienne qu’elles éprouvent dans le train.

Déjà il doit reprendre sa route pour Koeberg Road afin d’y attendre le bus de  » Byers Security & Associate  » qui doit le ramener au travail.

Quant à Hélène∗, sa femme (29 ans), infirmière de formation, c’est une autre histoire. Depuis un an et demi, elle s’occupe d’un vieux couple Blanc situé à Paarl, à l’autre bout de la ville pour R5000 par mois, environ USD 380 – une aubaine pour le couple -. Elle aussi se lève tôt, et avant même que son mari n’arrive, elle s’en va. Elle revient de Paarl vers 18h00, après près d’une heure de train. A cette heure-là, son mari débute son shift à Milnerton. A cause de cet horaire compliqué, ils ne se voient … qu’en weekend !

Face à ce parcours de combattant, Georges avoue :  » C’est le prix à payer si l’on veut prendre soin de sa famille. Je n’ai pas d’autre choix que de faire avec. A Kinshasa, je disposais bien de beaucoup de temps à consacrer aux miens. Mais sans travail, qu’est-ce que cela vaut ? Ici par contre, malgré un horaire serré et un travail dangereux, tout le monde chez-moi est d’accord pour ne voir que les avantages de la chose « . Philosophe, il conclut :  » çace sont les réalités de l’émigration! »

Il est 7h00 du matin à Milnerton. Les yeux lourds et rougis par le manque de sommeil, il n’a pas besoin d’un dessin pour comprendre que le bus qu’il attendait ne viendra pas ce matin. Il va donc devoir trotter jusqu’à Maitland. C’est-à-dire une demi-heure de marche. Courageux, Nyati s’incline devant le désagrément.

« L’émigration m’a appris bien des choses que je n’aurais pas apprises au pays, même pas à l’université. Ne pas se plaindre. Ne pas critiquer son pays d’accueil. Se résigner à tout. Pour tenir le coup, se souvenir qu’au pays, je n’ai pas laissé un paradis. »

Voilà son leitmotiv. Quand d’autres se laissent aller au désespoir, c’est en réfléchissant ainsi qu’il parvient à endurer.

Les dents serrées et d’un pas décidé, Nyati se met en route.  » J’ai toujours la peur aux tripes quand je marche à pieds « , dit-il. En prenant le bord de la chaussée, il traverse le quartier Rugby en vitesse, de peur que des malfrats, nombreux ici, ne l’attaquent. Le mois passé, ils lui ont pris son énième téléphone, ce qui l’a résolu à ne se procurer désormais que le moins cher possible.  » C’est pour ne pas faire le deuil quand ils me le prendront « , dit-il avec humour. Après le quartier Rugby vient ensuite Brooklyn, avec ses nombreux magasins qui alternent avec des flats. D’ici, il peut jeter son regard au loin et avoir une vue de Maitland. Il redouble de vitesse. Il ne peut pas ne pas apercevoir à sa droite l’incontournable  » Table mountains  » avec ses sommets enneigés.

Ses yeux fatigués brillent cependant quand il atteint le pont de Koeberg et qu’il voit de loin sa maison sur Railways Street, juste à deux pas de la station de train de Maitland. Mais en ouvrant la porte, la tristesse fait place à la joie : la maison est vide, comme la plupart de fois.

Sur la table, à côté de la cafetière, un petit carton porte un dessin avec une mention :  » We love u Dad « . Ce sont ses trois filles qui l’ont griffonné. Elles ont apposé leurs noms dessus.

C’est alors qu’il sourit, radieux. Mais pris de sommeil, il se jette tout habillé au lit. En attendant qu’il se réveille vers 16h00 pour refaire le chemin de Milnerton. Le temps de voir la face de ses jolies filles et, la mort dans l’âme, s’en aller au travail de nuit.

Ce n’est qu’une journée ordinaire pour Nyati, émigré Congolais ici à Capetown.

Je demande à Georges si cela ne le dérange pas trop de faire ce travail, lui qui est licencié en économie. Pour réponse il dit :  » Ecoutez : quand on n’a pas ce que l’on veut, on se contente de ce que l’on a. Je ne m’en fais pas trop car je sais qu’un jour viendra et j’aurai un travail plus convenable. En attendant j’étudie l’Informatique par correspondance à University of South Africa (UNISA) de Tagberg.

Il ajoute cependant. » La seule chose qui m’embêtait c’est que lorsqu’il pleut, au lieu de me mettre à l’abri,  on s’attend à ce que le garde que je suis reste au dehors, comme un chien. Mais quand vous faites ça pour des êtres que vous aimez, cela ne fait pas mal. Et puis je ne me prends pas trop au sérieux, quoi. »

Plus positif que Georges Nyati, tu meurs !

∗ Les noms ont été changés